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Interview exclusive: Industrie Culturelle et Créative / Illman Touré (compositeur de musique à l’image et entrepreneur culturel)

Interview exclusive: Industrie Culturelle et Créative / Illman Touré (compositeur de musique à l’image et entrepreneur culturel)"la Côte d'Ivoire sera la capitale africaine de la musique à l'image"

upl.ci: La Musique à l'Image n'est pas un simple fond sonore, c'est un Métier à part entière.


Le Compositeur et Entrepreneur Culturel Illman Touré developpe



Lorsqu'on parle de cinéma, on évoque généralement les réalisateurs, les acteurs, les producteurs et les techniciens de l'image. Pourtant, il existe un autre acteur essentiel dans la création cinématographique: le compositeur.


Dans cette interview, à l'occasion du lancement d'un projet culturel,

un professionnel en la matière va plus loin.



- Présentez-vous à nos lecteurs et parlez-nous du projet.

-

Je suis Illman Touré, compositeur de musique à l’image et entrepreneur

culturel. Je suis également le fondateur de Myll Production, une structure que j’ai créée en 2021 pour développer mes activités de production musicale et de

création sonore.

Je suis à l’initiative de BOMLAAH, un projet culturel qui met le cinéma et la

musique en dialogue par des master classes et un ciné-concert.


- Pouvez-vous nous situer sur l’opportunité d’un tel projet ?


Lorsqu’on parle de cinéma, on évoque généralement les réalisateurs, les

acteurs, les producteurs et les techniciens de l’image. Pourtant, il existe un

autre acteur essentiel dans la création cinématographique : le compositeur.

C’est un professionnel qui intervient dans la construction de l’univers sonore d’une œuvre cinématographique. Il traduit des intentions artistiques en musique, accompagne les émotions, renforce la narration et participe à

l’identité même du film. Malheureusement, ce métier reste encore insuffisamment connu et identifié dans notre environnement.

L’opportunité est donc double : artistique, parce que nous avons des identités culturelles musicales à valoriser ; économique, parce que cette activité peut

générer des métiers, des collaborations, des prestations et des opportunités à l’échelle nationale et internationale.

Je pense que nous devons commencer à regarder cette discipline comme une

composante à part entière de notre industrie culturelle et créative.


- Quel en est l’enjeu économique et précisez-nous le message central ?


Derrière la musique d’un film, il y a un compositeur, parfois des musiciens, des

ingénieurs du son, des sound designers et différents intervenants qui

participent à la création. C’est donc une activité qui peut générer de la valeur,

créer des emplois spécialisés et ouvrir des perspectives à nos jeunes.

Il faut également comprendre que la qualité musicale et sonore d’une

production audiovisuelle participe à son attractivité et à son rayonnement. Dans

un environnement de coproduction internationale, la capacité à mobiliser des

professionnels qualifiés, notamment des compositeurs, constitue un véritable enjeu de professionnalisation.

Notre message central est simple : la musique à l’image n’est pas un simple

fond sonore ou juste un habillage d’une œuvre cinématographique. C’est un

métier à part entière, une composante essentielle du cinéma et un potentiel

économique que nous devons développer.


- Attardons-nous sur Illman Touré. Son parcours, son expertise et sa vision

de compositeur et d’entrepreneur culturel engagé pour la filière ?


Mon parcours est assez particulier. J’ai initialement évolué pendant une dizaine d’années dans le monde corporate, notamment dans les secteurs des télécommunications, de la technologie et de

la banque. En 2021, j’ai fait le choix de me consacrer pleinement à ma passion

pour la musique et à la création sonore en fondant Myll Production.

Depuis, j’ai travaillé sur différents projets audiovisuels et cinématographiques.

J’ai notamment participé à la composition de la bande originale du film « Soirée

de WoW » (2022), travaillé comme ingénieur du son sur le film « Allah n’est pas

obligé », sorti en 2026, et réalisé des créations sonores pour des projets

institutionnels et des marques comme Vinci Group, Corlay et GNA Assurances.

Mon parcours m’a également permis de participer à la résidence de

compositeurs de musique à l’image « Kim’art Sound » à Dakar en 2025, puis

d’être sélectionné en avril 2026 pour le prestigieux dispositif « 3e Personnage »

du Festival International Music & Cinema de Marseille.

Ces expériences ont beaucoup compté dans ma réflexion. Elles m’ont permis de découvrir davantage un métier, ses exigences, ses standards professionnels, ses possibilités de collaboration et surtout son économie.

C’est alors qu’est née ma volonté de contribuer à créer un environnement dans

lequel d’autres compositeurs ivoiriens pourront se former, travailler, collaborer avec des réalisateurs et vivre de leur métier. C’est cette dimension entrepreneuriale et collective qui m’a conduit à porter BOMLAAH.


- Relativement à ce projet, quelles formations et quels débouchés pour les jeunes ?


C’est justement l’un des enjeux qui me tiennent le plus à cœur. Nous devons

faire comprendre aux jeunes que la musique à l’image est une véritable voie avec des compétences spécifiques car être musicien ou savoir composer ne suffit pas nécessairement pour devenir compositeur de musique à l’image. Il faut notamment savoir travailler à partir d'un scénario ou d’une intention de réalisation, maîtriser les contraintes de synchronisation, développer une identité musicale et apprendre à collaborer

avec un réalisateur.

En matière de débouchés, les possibilités sont nombreuses : cinéma, séries, animation, documentaires, publicité, jeux vidéo et productions audiovisuelles.

Notre ambition est donc de contribuer à faire connaître ces métiers, de

favoriser la transmission des compétences et, progressivement, de créer des passerelles entre les formations et les opportunités professionnelles.


- Dites-nous la signification du nom BOMLAAH.


BOMLAAH est un nom qui porte l’idée de fusion de deux arts et de deux

cultures. Il traduit parfaitement l’esprit du projet : faire dialoguer le cinéma et la musique,

mais également rapprocher l’apprentissage et l’expérience.

C’est l’idée que deux disciplines peuvent se rencontrer pour donner naissance à une expérience artistique différente, plus riche et plus immersive : un espace où les arts se rencontrent et où les talents peuvent apprendre les uns des autres.


- Qu’attendez-vous concrètement des institutions et des producteurs ?


Nous attendons avant tout une meilleure reconnaissance de cette filière et une prise de conscience de son importance dans le développement de notre

industrie culturelle et créative. Des institutions, nous attendons un accompagnement qui puisse favoriser la

structuration du secteur : la sensibilisation, la formation, le développement des

compétences, la création d’espaces de collaboration et l’accès à des dispositifs

de soutien adaptés.

Du côté des producteurs et des réalisateurs, nous souhaitons encourager une

meilleure intégration des compositeurs dans le processus de création. Le

compositeur doit pouvoir intervenir dans une véritable démarche de collaboration artistique avec le réalisateur.


- Le lancement du projet, c’est le 13 novembre. Après cette date, que va-t-il se passer ?


Le 13 novembre est une première étape. Nous voulons justement éviter que BOMLAAH soit un événement ponctuel dont on parle pendant quelques jours avant de passer à autre chose.

Parmi les prochaines perspectives, nous envisageons notamment la mise en place d’ateliers de composition destinés aux jeunes talents et professionnels

souhaitant découvrir plus en profondeur ce métier ; ainsi qu’une résidence de

création réunissant des réalisateurs et des compositeurs. L’idée est de

dépasser les échanges théoriques pour permettre à ces professionnels de

travailler ensemble, de développer des projets et de créer de véritables

collaborations artistiques.

Nous souhaitons également développer les partenariats avec les institutions,

les écoles, les producteurs et les acteurs économiques intéressés par cette

filière. Nous voulons que cette première édition permette de mobiliser les

bonnes personnes et de poser les bases d’une deuxième édition encore plus ambitieuse.


- Quel est le programme du 13 novembre ?


Nous avons prévu deux temps forts :

La matinée sera consacrée aux master classes : nous réunirons sept

intervenants autour de quatre grandes thématiques portant notamment sur le

métier de compositeur de musique à l’image, les droits d’auteur et l’économie

des industries culturelles, les opportunités de carrière dans les industries

culturelles et créatives et la collaboration entre réalisateurs et compositeurs.

L’objectif est de permettre aux participants de découvrir les métiers, d’échanger avec des professionnels et de mieux comprendre les réalités du secteur.

En soirée, nous proposerons un ciné-concert autour de deux courts métrages

ivoiriens : Kids See Ghost, réalisé par Daniel Thalmas, et Point de non-retour,

réalisé par Paul Yves Ettien. Ces deux œuvres cinématographiques seront

accompagnées en live par un orchestre de douze musiciens. Nous voulons

faire vivre au public une expérience particulière : regarder un film tout en

découvrant comment la musique interprétée en direct transforme la perception

des images et des émotions.

Les deux activités sont gratuites, sur inscription jusqu’au 10 novembre sur notre site officiel bomlaah.com.

Nous donnons rendez-vous au public le vendredi 13

novembre 2026 à Yelam’s Créative, à Treichville.


- Pour finir notre entretien, nous voulons connaître votre ambition à long terme.


À long terme, je souhaite contribuer à faire de la Côte d’Ivoire un territoire de

référence pour la musique à l’image en Afrique de l’Ouest. Je pense que nous

avons les talents, la richesse culturelle et le potentiel créatif nécessaires. Mais nous devons maintenant travailler sur la structuration de cette activité. Mon ambition est de voir émerger une véritable filière, avec des compositeurs formés, des professionnels reconnus, des producteurs et réalisateurs qui

intègrent davantage la musique originale dans leurs projets, des espaces de création et des mécanismes d’accompagnement.

Je souhaite également que BOMLAAH devienne une plateforme pérenne,

capable de réunir chaque année les acteurs de cet écosystème et de favoriser

des collaborations qui dépassent nos frontières.

Je voudrais qu’un jeune compositeur ivoirien puisse envisager sereinement de

faire carrière dans la musique à l’image, qu’il puisse être formé ici, travailler avec des réalisateurs ivoiriens et accéder à des opportunités internationales.

Ce serait pour moi une véritable réussite.


- Avez-vous un message ?


Oui, je voudrais dire aux jeunes qu’il existe des métiers que nous connaissons

encore trop peu, mais qui peuvent devenir de véritables carrières.

Aux institutions et aux partenaires économiques, je voudrais dire qu’il existe un

potentiel à accompagner. Nous avons besoin de construire ensemble un

environnement qui permette à nos talents de se développer et de créer de la

valeur. Enfin, aux professionnels de la musique et du cinéma, je lance une invitation :

rapprochons-nous, échangeons et construisons ensemble.


- Quel est votre mot de fin ?


Je dirais simplement que nous avons beaucoup d’histoires à raconter en Côte d'Ivoire, et avec BOMLAAH, nous souhaitons apporter notre contribution à cet écosystème.

Nous croyons que pour que notre industrie se déploie encore plus, il faut

valoriser tous ceux qui participent à une œuvre cinématographique. J’espère que cette première édition sera le début d’une véritable dynamique collective, car la musique à l’image mérite d’être entendue, reconnue et développée chez

nous. Quand l’image parle, la musique accompagne, et il est temps que ceux qui la font entendre aient pleinement leurs places.


Dos

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