upl.ci : Trois mois après les élections législatives du 27 décembre 2025, les langues commencent enfin à se délier. Derrière les discours officiels et les explications de façade, une vérité embarrassante émerge peu à peu : dans plusieurs circonscriptions, certaines défaites du RHDP ne seraient pas dues à l’opposition, mais aux propres insuffisances du parti. Le cas de la circonscription 078 de Kokomian–Tankessé–Tienkoikro en est l’illustration la plus frappante.
La défaite de Kouakou Boko Antoine ne semble ni résulter d’un rejet populaire, ni d’un manque de stature politique. Bien au contraire. Le candidat présentait un profil solide : Administrateur en chef des services financiers, colonel des douanes, ancien directeur régional, cadre expérimenté de l’administration publique. Sur le papier, difficile de trouver meilleur représentant pour défendre les couleurs du parti au pouvoir.
Mais en politique, les diplômes, l’expérience et la loyauté ne suffisent pas. Sans moyens financiers, même le meilleur candidat est condamné à courir avec un handicap majeur. Et c’est précisément ce qui semble s’être produit.
Dans une vaste circonscription regroupant trois sous-préfectures et 44 villages, une campagne électorale exige une logistique lourde : déplacements constants, présence de terrain, mobilisation des militants, communication active, relais locaux efficaces. Or, selon de nombreux observateurs, les ressources accordées au candidat auraient été largement insuffisantes, voire dérisoires au regard des enjeux.
Comment espérer convaincre des électeurs sans présence visible ? Comment gagner sans moyens de déplacement, sans organisation solide, sans capacité à occuper le terrain face à des adversaires mieux préparés ? Le RHDP semble avoir envoyé son candidat au front… sans armes.
À cette fragilité s’est ajoutée une autre erreur stratégique : la multiplication de candidatures indépendantes issues de la même famille politique. En clair, le parti a laissé ses propres voix se disperser, affaiblissant davantage un candidat déjà sous-financé. Une stratégie incompréhensible qui interroge sur la coordination interne et la gestion politique locale.
Malgré ce contexte défavorable, Kouakou Boko Antoine est tout de même parvenu à se hisser à la deuxième place, derrière le candidat de l’opposition. Un résultat loin d’être anodin. Il démontre qu’un socle électoral réel existait, et qu’avec un accompagnement sérieux, l’issue aurait pu être tout autre.
Cette affaire dépasse donc le simple cas d’un homme battu dans les urnes. Elle révèle un mal plus profond : l’inégalité de traitement entre candidats au sein même du RHDP, ainsi qu’un manque criant de stratégie dans certaines zones pourtant cruciales.
À Kokomian–Tankessé–Tienkoikro, les populations attendent des réponses concrètes : routes dégradées, accès insuffisant à l’eau, à l’électricité, à la santé et à l’éducation. Dans un tel contexte, présenter un candidat sans lui donner les moyens de porter ces attentes relève de l’amateurisme politique.
Si le RHDP veut reconquérir cette circonscription lors des prochaines échéances, le message est clair : il faudra cesser les improvisations, restaurer l’équité interne et investir sérieusement sur des profils crédibles. Sans cela, d’autres défaites annoncées risquent encore de se transformer en surprises feintes.
OJL
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